déchets nucléaires PDF Imprimer Envoyer

Déchets, le cauchemar du nucléaire

LE MONDE TELEVISION | 12.10.09 | 08h38 • Mis à jour le 12.10.09 | 10h32

 

On est dans les champs. Au loin, on distingue les bâtiments de l'usine nucléaire

de la Hague, dans le Cotentin. Les personnages discutent des mesures de

radioactivité effectuées aux alentours. Le responsable des mesures d'Areva parle

: "On est dans le bruit de fond de la radioactivité." La journaliste : "Si on ne

parle pas de contamination, on parle de quoi? " Le responsable cherche ses mots,

finit par répondre : "Moi, je parle d'absence d'impact, enfin, il y a, euh, bon,

enfin, on va la refaire, là, parce que je…"

Oui, si on ne parle pas de radioactivité, de danger et de santé à propos des

déchets nucléaires, on parle de quoi ? D'une fiction. Selon laquelle les déchets

seraient correctement gérés, et selon laquelle l'industrie nucléaire aurait une

solution. C'est ce que montre avec pédagogie et retenue le documentaire. Il nous

emmène à Hanford, au nord-ouest des Etats-Unis, où depuis soixante ans

s'accumulent des déchets liquides issus de la production du plutonium militaire.

Qui fuient dans la rivière voisine.

TRÈS PEU DE RECYCLAGE EN FRANCE

On va ensuite à Tcheliabinsk, en Russie, où s'est produite en 1957 l'explosion

d'une cuve de déchets nucléaires. Quarante ans plus tard, lacs et rivières sont

toujours pollués – à des taux "hallucinants", observe un scientifique de la

Criirad (Commission de recherche et d'informations indépendantes sur la

radioactivité) que les journalistes ont emmené avec eux.

A la Hague, l'enquête constate que chaque année, l'usine rejette dans la mer

400m3 de liquides radioactifs. Un traité de 1993 interdit d'immerger les déchets

quand ils sont dans des fûts, mais pas quand on les envoie par canalisation… La

Hague rejette aussi du krypton par voie aérienne. "Les gens autour de la Hague

respirent en permanence de l'air radioactif", dit Bruno Chareyron, de la

Criirad.

Mais le système français de retraitement ne recycle-t-il pas l'essentiel de ses

déchets, comme le dit Jacques-Emmanuel Saulnier, d'Areva ? Pas précisément. Une

partie de l'uranium de retraitement français est expédiée à Tomsk, en Russie. Au

total, seuls quelques pourcentages des déchets nucléaires français sont

recyclés, et non 95 %, comme le dit Areva.

Le film s'interroge sur le stockage ultime, en profondeur : "Evidemment des

produits très dangereux", constate un scientifique de l'Agence nationale des

déchets radioactifs. Ils sont censés ne pas ressortir dans la nature avant 200

000 ans. "Ecrire l'avenir impose de faire confiance", conclut Bernard Bigot,

commissaire à l'énergie atomique. Mais peut-on faire confiance aux nucléaristes

? Et leur laisser l'écriture de l'avenir ?

Documentaire d'Eric Guéret et Laure Nouhalat. Mardi 13 octobre à 20h45 sur Arte.

Hervé Kempf

Article paru dans l'édition du 13.10.09